Evans-Pritchard sur l’accord concernant le Brexit

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Brexit

« L’accord concernant le Brexit évite un choc récessionniste pour l’économie mondiale, mais il est loin d’être la panacée »

L’Europe s’est retiré une grosse épine du pied. Tout comme le système financier mondial. Un Brexit sans accord aurait été le coup de grâce pour ‘une économie mondiale qui tourne déjà au ralenti, qui s’approche d’un état de métastase qui matérialisera de sérieux problèmes.

La situation est devenue tellement piégeuse que la BCE a baissé son taux directeur jusqu’à – 0,5 % et a relancé un QE. La Fed a dû faire un virage à 180° en démarrant un nouveau QE-lite à 60 milliards de dollars par mois afin d’éviter une crise des liquidités.

Selon Morgan Stanley, nous sommes « à une erreur d’une récession mondiale ». La banque cite l’inversion de la courbe des rendements et les alarmes déflationnistes qui retentissent sur les marchés obligataires. Mais aussi la baisse des investissements des sociétés, ainsi que des signes qui montrent que la contraction industrielle est en train de se propager aux services. Tout cela sur fond de guerre commerciale initiée par Donald Trump, sa volonté de démondialiser.

L’aggravation des soucis économiques mondiaux a joué en faveur de Boris Johnson. Elle en quelque sorte annulé le désavantage du Benn Act. Elle a permis de refocaliser les esprits. Elle a fait monter le prix de la facture à un tarif exorbitant pour l’Union européenne elle-même en l’absence d’accord.

Un Brexit à la dure aurait pu engendrer une réaction en chaîne dans la zone euro, ainsi que des effets imprévisibles via la contagion financière et le chaos régnant sur la chaîne logistique, qui auraient été bien pires que les pertes mécaniques sur le front commercial.

En partant du principe que le parlement britannique approuvera l’accord, ce que l’UE peut obtenir en annulant l’extension, il évitera un choc déflationniste dangereux à une zone euro bien fragile. Si le scénario du pire s’était développé, l’Europe se serait encore plus enlisée dans un piège de japonisation.

En bref, les taux sont déjà à des plus bas historiques. Toute baisse de l’inflation augmente automatiquement les taux réels, ce qui signifie une politique moins accommodante. Cela mène à un cercle vicieux qui perturbe les dynamiques de la dette.

Les défenses fiscales de la zone euro sont également faibles. Son nouvel outil pour combattre les crises dispose d’une puissance de feu implicite de 17 milliards d’euros pour les 7 années à venir. Cette sarbacane pourrait être les prémices d’une entité fiscale européenne. Mais, actuellement, cette entité n’a aucune pertinence vu le contexte. Le pacte de stabilité empêche les pays membres de prendre des mesures préventives.

L’Allemagne est en première ligne. Elle est soit déjà en récession, ou sur le point d’y être. C’est en partie dû au Brexit qui traîne en longueur. Ce n’est pourtant qu’un avant-goût de ce qui se serait passé en cas de Brexit à la dure. À elle seule, l’Allemagne représente la moitié de l’excédent commercial européen de 95 milliards de livres avec la Grande-Bretagne. La plupart de ces exportations se seraient évaporées en cas de divorce douloureux. (…)

Oui, un accord sur le Brexit est crucial pour l’économie mondiale, surtout en ce moment. Mais il ne constitue pas pour autant une garantie que tout va bien se passer. Le litige entre les États-Unis et la Chine est plus important. Le rebond des actions est un peu prématuré vu qu’aucune avancée n’a eu lieu. La « très substantielle phase 1 de l’accord » de Donald Trump n’est qu’un coup de marketing. Rien n’est signé, aucun communiqué commun n’a été fait.

Les 25 % de droits de douane sur les importations chinoises restent en place, même si la hausse à 30 % a été suspendue. La grosse menace des nouveaux droits de douane de décembre sur toutes les importations chinoises pèse toujours. Cela tétanise les entreprises, pousse l’économie mondiale vers le bas.

Pékin a marqué son accord pour l’achat de porcs américains, mais uniquement en raison du décès de 100 millions de porcs en Chine à cause de la fièvre porcine, soit 32 % du cheptel national. Il s’agit de la pire épidémie animale de l’histoire.

La question de savoir si la Chine a pu reprendre le contrôle d’une crise bancaire en gestation suite au sauvetage de 3 banques régionales est également plus importante. Le marché interbancaire des capitaux est aussi sous pression, ce qui a forcé la banque de Chine à intervenir. (…) La croissance y peine, la baisse de 8,5 % des importations chinoises de septembre en est un signe dramatique. (…)

Ce qui importe le plus, c’est de savoir si la FED a agi à temps afin d’éviter une contraction économique important aux États-Unis, ou trop, si bien qu’elle a permis aux forces déflationnistes de s’installer. « Je pense que l’économie américaine se dirige vers une récession », a déclaré le professeur Danny Blanchflower, ancien de la BoE.

Si c’est le cas, les marchés réaliseront bientôt que l’accord du Brexit est une histoire européenne locale dans un contexte mondial bien plus problématique.

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