Trop peu et trop tard pour éviter une récession mondiale (Pritchard)

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Après chaque mois de guerre commerciale qui passe, l’économie mondiale se rapproche de la stagnation. Un cessez-le-feu partiel entre les États-Unis et la Chine, ou les États-Unis et l’Europe, ne sera pas suffisant pour éviter la récession.

La Maison-Blanche a évoqué de nouvelles baisses d’impôts pour l’empêcher. La simple évocation de nouvelles « stimulations » a offert un répit immédiat à des marchés malmenés en ce mois d’août, mais attention. Donald Trump a besoin du soutien du Congrès pour agir.

Les Démocrates ne sont pas vraiment d’humeur à lui offrir cette rustine. Pour accepter, les contreparties politiques seraient exorbitantes. Rien n’aura lieu dans un avenir proche.

On ne peut que sourire à l’idée que les baisses d’impôts seront financées par les « droits de douane chinois ». La Chine ne paie pas ces droits de douane, ce sont les importateurs qui le font. Dans un tel contexte, des baisses d’impôts ne sont pas des stimulations, juste une compensation neutre. Si c’est tout ce qu’a Donald Trump dans sa manche…

Simultanément, les entreprises des 4 coins du monde gèlent leurs investissements. Plus cela durera, plus les dégâts seront importants. Selon Standard & Poor’s, les entreprises sont assises sur une pile de cash de 6 trillions de dollars.

Elles n’investiront pas au-delà de la maintenance tant que Trump menace de fermer la relation commerciale du Pacifique, sans oublier ses menaces de lever 25 % de droits de douane sur les voitures européennes, japonaises et coréennes à partir de novembre.

L’indice de diffusion des investissements s’est effondré à -35 en Amérique du Nord. Il s’agit de la pire chute mondiale, même si l’Europe et le Japon ne sont pas loin derrière. Cet âge de glace des investissements signifie que l’on se dirige droit vers une récession en l’absence de mesures.

Les baisses d’impôts de Trump étaient censées lancer une grande vague d’investissement aux États-Unis, qui aurait engendré une croissance économique pérenne après la fin des effets à court terme des stimulations en 2019. Le « passage de témoin heureux » n’a jamais eu lieu. Tout ce que l’on a obtenu, c’est de la dette. Les États-Unis sont bien partis pour afficher un ratio dette/PIB de 117 % d’ici 2023 (FMI), et un déficit annuel de 4 % au meilleur moment du cycle économique. Les guerres commerciales américaines ont affaibli les promesses clés des Trumponomics. Mon opinion est que le ralentissement actuel semble dangereusement inoffensif.

Nous sommes entrés dans la phase préparatoire durant laquelle le moindre choc est susceptible de cristalliser la récession. Un avertissement sur bénéfices des technologiques ? Des problèmes de liquidités dans une grande banque allemande ? Des représailles iraniennes dans le détroit d’Ormuz ? C’est alors que la métastase démarre.

industrie mondiale en contraction
L’industrie mondiale est déjà en contraction

Les 16 trillions de dollars d’obligations à rendement négatif sont peut-être la preuve qu’il est déjà trop tard. Cela inclut toutes les échéances des obligations allemandes, danoises, hollandais et finlandaise. Mais aussi les obligations portugaises jusqu’à 8 ans, ou encore les obligations pourries de Telecom Italia. Ce signal est bien entendu faussé par la politique des taux négatifs en Europe. Mais c’est à se demander pourquoi Francfort les maintient aussi bas, ou encore qu’il envisage de passer à -0,6 % le mois prochain.

Les Européens se sont jamais vraiment débarrassées du virus de la déflation. Désormais, elle se fait encore plus menaçante. Ce qui est dangereux pour la dynamique de la dette italienne. Le projet européen ne peut endurer une déflation prolongée. C’est aussi simple que cela. Ce n’est pas le Japon. Il n’a pas de Trésor, d’instruments de dette communs, ou encore un prêteur de la dernière chance automatique. Il ne s’agit pas d’un ensemble cohérent.

La déflation dans un contexte de taux zéro peut être piégeuse. Habituellement, durant une récession l’inflation baisse. Les taux aussi, mais bien plus vite. Cela permet de stabiliser la situation et, plus important encore, de préparer la prochaine reprise. Mais ce mécanisme autocorrectif est enrayé. Jonas Goltermann de Capital Economics avertit que les taux réels pourraient en fait augmenter en cas de cession durable. Cela nous ramène à notre vieil ami Irving Fisher et sa théorie de la déflation de la dette durant les grandes dépressions de 1933. Si vous n’êtes pas perturbé par cette lecture, vous devriez.

Richard Clarida, grand prêtre de la Fed, est au courant du danger. Il affirme que la Fed doit être extrêmement accommodante alors que les taux sont déjà peoches de zéro et que les filets de sécurités sont si fragiles. (…)

Source : extraits de l’article d’Ambrose Evans Pritchard du Telegraph du 20 août 2019